Noisette, un cas rare

Nous avons voulu partager avec vous un cas relativement rare.

Cet article a pour objectif de vous immerger dans le diagnostique et le suivi d’un vétérinaire sur un cas complexe car peu commun.

Présentation et historique

Noisette est une chienne type Jack Russel de 2,5 ans. Sa propriétaire, Julie, l’a adoptée à l’âge de deux mois. Noisette vit avec une autre chienne de quatre ans. Elle a été stérilisée à douze mois et n’a jamais présenté de problème de santé autre que la teigne. Elle mange des croquettes Royal Canin chien stérilisé de moins de 10kg. Son poids est de 6,4kg.

Anamnèse

En décembre 2018, Noisette s’est présentée au cabinet vétérinaire à la suite de vomissements et régurgitations répétés durant la nuit.

Julie, la maitresse de Noisette est interrogée afin de recueillir le maximum d’informations : Noisette effectue depuis trois jours un effort de régurgitation, environ dix fois par jour, et souffre également de vomissements (souvent lié à la prise d’aliments ou d’eau et composés parfois de mousse blanche, parfois d’aliments) à raison d’une dizaine de fois par journée également.

Examen clinique

Le docteur Maira effectue un examen général : absence de fièvre,  fréquences cardiaque et respiratoire dans les normes, absence de réaction à la palpation abdominale, absence de déshydratation, muqueuses normales, réflexe laryngo-trachéal négatif (normal) et examen de la bouche normal.

Noisette en salle de radiologie

Hypothèses diagnostiques

Dans un premier temps, les deux hypothèses les plus probables sont :

  • Une gastro-entérite due à une bactérie, un virus, un parasite ou une intoxication ;
  • La présence d’un corps étrangers.

Examens complémentaires / démarche d’éviction

Aux vues de la race et de l’âge de Noisette, il est nécessaire d’écarter dans un premier temps la suspicion de corps étranger, qui constituerait une urgence vitale. Un examen radiographique du thorax et de l’abdomen, ainsi qu’une échographie sont donc réalisés, écartant la présence d’un corps étranger mais mettant clairement en évidence une dilatation de l’œsophage. Le docteur Maira envisage alors un mégaoesophage. Afin de confirmer ou non le diagnostique, une dernière radiographie est effectuée après avoir fait avaler à Noisette un produit de contraste permettant de mettre en évidence l’œsophage.

Le mégaoesophage
Le mégaoesophage

Diagnostique

L’examen radiographique a permis de mettre en évidence la présence chez Noisette d’un mégaoesophage. Cette anomalie se caractérise par un défaut de contraction associé à une dilatation de l’œsophage. Ce dernier ne se contracte plus correctement et par conséquent, les aliments, la salive et l’eau peinent à être dirigés dans l’estomac pour la digestion, ce qui explique les vomissements/régurgitations.

Les causes de cette anomalie sont multiples : elle peut être congénitale ou survenir à la suite de pathologies neurologique, musculaire, vasculaire, hormonale, toxique, cardiaque etc. ou encore être une conséquence de certaines maladies.

Traitement initial

Il est nécessaire et important de rechercher la cause du mégaoesophage de Noisette car celle-ci permettra au vétérinaire de mettre en place le traitement le plus efficace possible.

Des analyses de sang (examens biochimiques et hormonaux) et de selles sont effectuées mais ne révèlent pas d’anomalie.

Un traitement symptomatique est prescrit dans un premier temps afin d’améliorer le confort de Noisette : pansement gastrique, antiacide, anti-vomitif. Des mesures d’hygiène sont également mises en place afin d’éviter les régurgitations et vomissements : changement d’alimentation (croquettes gastro intestinal de Royal Canin), fractionnement des repas et alimentation surélevée afin de faciliter la « descente » des aliments vers l’estomac.

Résultats et suivi

Après trois semaines de traitement, l’état de Noisette ne s’est pas amélioré. Elle continue de vomir et de régurgiter plusieurs fois par jour. Elle a perdu 600 grammes.

Le docteur Maira poursuit les recherches afin de déterminer la cause de ce mégaoesophage. Une échographie cardiaque est effectuée ; elle se révèle normale, supprimant ainsi l’hypothèse cardio-vasculaire. L’échographie abdominale réalisée suggère un épaississement de la paroi de l’intestin qui pourrait être la conséquence d’une maladie intestinale (elle-même à l’origine du mégaoesophage). Noisette est donc référée par le docteur Maira à l’Ecole Nationale Vétérinaire de Maison Alfort, afin d’y réaliser une endoscopie avec biopsie de la paroi intestinale. Ces examens sont confiés au Docteur Freiche. L’analyse microscopique du prélèvement par le laboratoire révèle une Maladie Inflammatoire Chronique de l’Intestin (MICI), qui correspondant approximativement à la maladie de Crohn chez l’humain, et serait à l’origine du mégaoesophage.

Un nouveau traitement à base d’anti-inflammatoires à très faible dose est prescrit.

Perte de poids importante avant le rendez-vous à Maison-Alfort

Quelques semaines plus tard, Noisette ne vomit plus et a repris du poids. Elle régurgite parfois de petite quantité d’eau après avoir bu, mais de façon moins fréquente et en plus faible quantité que précédemment. Elle peut désormais retrouver une vie de chien quasi normale et retourner chez son vétérinaire une fois par an pour sa visite vaccinale uniquement.

Conclusion

Comme vous avez pu le constater, le diagnostique du vétérinaire s’effectue en cascade et par éviction, en privilégiant l’hypothèse la plus courante dans un premier temps puis en tentant d’écarter les hypothèses les unes après les autres.

Malgré la présence à la clinique de matériel performant (radiographie, échographe, analyseur etc), il arrive toutefois que l’avis d’un confrère spécialiste soit nécessaire. Ici le docteur Maira a souhaité envoyer Noisette à Maison Alfort pour plusieurs raisons : effectuer une endoscopie, examen que nous ne proposons pas, et être prise en charge par une des meilleurs vétérinaires en matière de médecine interne.